RENAULT- Le constructeur tricolore, qui a profité
de la visite de François Hollande au président Bouteflika, a signé ce
jeudi un accord définitif pour construire une usine en Algérie.
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Durant cette période, "aucune société publique algérienne n'a le droit de conclure un accord similaire avec un autre constructeur étranger pendant les trois prochaines années", a expliqué le ministre algérien de l'Industrie, de la PME et de l'Investissement, Chérif Rahmani. Initialement, l'accord prévoyait une exclusivité sur le marché algérien pour cinq ans. Mais l'Algérie, trouvant ce laps de temps trop long, a décidé de réduire la période. A partir de 2014, date à laquelle les premiers véhicules de l'usine d'Oran sortiront de la chaîne de montage, de nouveaux partenariats seront donc autorisés.
Volkswagen mis de côté Pour Renault, bien sûr, l'accord est ultra-avantageux: le groupe va pouvoir se (ré)installer en toute sérénité sur le marché algérien (le groupe y avait installé une usine en 1959 qui a ensuite été nationalisée) et éloigner par la même occasion son principal concurrent Volkswagen. Fin 2011, ce dernier avait lui aussi cherché à s'implanter industriellement en Algérie: selon la Tribune.fr il avait fait une offre au gouvernement algérien pour la construction d'une usine de fabrication de voitures d'une capacité de 70.000 unités extensible à 100.000 unités par an. Une fois n'est pas coutume, l'allemand se sera donc fait griller la politesse par le français.
Sûr que Renault ne doit pas bouder son plaisir. En plus d'obtenir le privilège d'être industriellement présent sur le deuxième plus grand marché automobile d'Afrique -avec 400.000 véhicules importés chaque année- l'accord a été signé avec la bénédiction du gouvernement français, visiblement guère embarrassé par ce qui pourrait ressembler à de la délocalisation. Et pour cause, désormais, la construction d'usines en Algérie ne constitue plus de la délocalisation, comme au temps de Nicolas Sarkozy, mais de la co-localisation, le nouveau terme à la mode à Matignon et Bercy ! Grâce à ce type d'accords industriels, tout le monde va être gagnant, tente de rassurer Jean-Marc Ayrault.
Le problème, c'est que contrairement à ce qui était dit dans un premier temps, l'usine algérienne ne sera pas uniquement dédiée au marché local, comme le soutient le gouvernement français. Dans dix-huit mois, Renault devra commencer par produire 25.000 unités par an pour arriver "rapidement à 75.000 unités dont une partie sera exportée vers d'autres pays", a ainsi précisé ce jeudi le ministre algérien Chérif Rahmani, lui aussi soucieux de préserver la balance commerciale excédentaire de son pays. Pour le moment, ce dernier assure que les véhicules n'auront pas pour destination l'Union européenne, mais les syndicats - qui savent qu'ils auront du mal à rivaliser avec les 180 euros du Smic algérien- se disent prudents. "Les seules informations que nous avons eu sont celle qui ont été publiées dans la presse. Nous attendons donc que le projet nous soit présenté par la direction pour nous prononcer", explique à L'Expansion.com, Fabien Gâche, à la CGT Renault.
Incompréhension en Algérie En réalité, c'est du côté d'Alger qu'on voit cet accord d'un plus mauvais oeil: en plus de servir à Renault une exclusivité sur un plateau, il risque de coûter très cher au contribuable. De fait, la co-entreprise qui sera détenue à 51% par l'Etat algérien et 49% par le constructeur français, conformément à la loi algérienne, devrait nécessiter 1,2 milliard d'euros d'investissements, selon les autorités algériennes. Or, pour le moment, Renault s'est simplement engagé à investir 50 millions d'euros sur le nouveau site.
Comme le souligne la presse algérienne, c'est très loin du milliard investi par le fabricant hexagonal dans son usine de Tanger au Maroc, laquelle est aussi beaucoup plus importante en terme de taille (400.000 véhicules par an à terme) et de modèles produits (la Lodgy et Dacia Dokker au Maroc, contre la Symbol en Algérie). "François Hollande rentrera à Paris avec des ses bagages beaucoup de concessions. Un beau projet pour Renault, payé au prix fort par les Algériens. Des contrats en perspective pour d'autres sociétés françaises.